L'univers de la miniature est un monde maitrisé, rangé, organisé, soumis et inaltérable. La vie y est figée, le temps, celui de la contemplation. J'observe ces immenses plateaux de mondes reconstitués, ces réseaux de chemins de fer, les rails, les gares peuplées de personnages minuscules, les rues riches en détails, les bâtiments acollés les uns aux autres, les terres agricoles et le bétail qui bordent les chemins de fer, les baigneurs isolés, des ponts et des maisons, réalisés dans un grand soucis du détail. L'illusion devient réalité. Dans l'obscurité, ce monde s'anime alors sous les lumières fébriles des réverbérés et de la signalétique. Fasciné, j'observe cette vitalité nouvelle des villes et villages dont l'immobilité vacille aux passages des trains. Mon regard est attiré par la lumière fragile qui émane de maisons isolées placées aux extrémités des plateaux. Maisons de campagnes, villas, cabanes ou fermes, ces bâtisses isolées tranchent par leur singularité. Mon appareil semble inapte à saisir les architectures dans leurs totalités, je n'enregistre que les parcelles que la lumière environnante et intérieure révèle. La lumière soulève trop brièvement les pans de l'obscurité. Mais dans cette atmosphère baignée d'obscurité, les choses tendent a se dématérialiser. La réalité reste flottante.
Les animaux émergent de l'obscurité, ils sont hors contexte, isolés, l'atmosphère est inquiétante, l'éclairage presque dramatique. Dans cette série, le détail est important, les textures, le grain, l'éclat. C'est par lui que le doute s'installe, on ne peut se satisfaire de ce qu’on voit au premier coup d’œil, il faut rentrer dans la photo pour mieux voir, pour saisir la vrai nature de l'image.
Est-ce réel ou est-ce une illusion? Est-ce pris sur le vif ou est-ce une mise en scène.
Les animaux photographiés dans cette série sont des animaux naturalisés. Passionné par l’atmosphère étrange des musées d’histoire naturelle, je me suis attaché à saisir dans mes photographies cette étrangeté de la vie figée.
Ces images ont été réalisées à partir des textures de corps utilisées dans la modélisation 3D de personnages humains, autrement dit, il s'agit de reconstitution d'épidermes numériques.
Dans cette série, il n'est pourtant pas tant question d'imitation ou de réalité que de la valeur du corps humain. Ainsi découpées et exposées, ces peaux font échos aux trophées de chasses, à ces animaux dépecés dont les peaux sont jetés au bas d'un lit ou devant une cheminée. Ces peaux tendues ne sont pas sans rappeler, également et plus désagréablement, les camps de concentrations nazis.
Ces étendards épidermiques renvoie l'être humain vers sa condition de mortel.
Vanité au sens des plus classique, ces images dérangent autant qu'elles captivent l'œil.